La course à la mairie de New York entre dans sa phase ultime. Les spécialistes envisagent sérieusement Zohran Mamdani, comme grand gagnant. Le résultat sera donné mardi. Sauf grande surprise, le candidat antisioniste Zohran Mamdani sera élu. Ainsi, tel Babel, New York chancelle. Nous sommes probablement à la veille d’un séisme moral. La très probable victoire de Zohran Mamdani ne se limiterait pas à un simple changement d’édile, elle signerait la métamorphose d’un narratif, celui de la cité cosmopolite devenue porte-voix d’un univers idéologique où la culpabilité supplante la lucidité. Car derrière le vernis d’un progressisme affiché se profile la désagrégation d’un langage commun, un langage qui se fissure, celui d’une civilisation en perte de repères.
Mamdani est antijuif, enfin antisioniste mais nous savons ce que cela signifie. Il parle arabe dans ses spots de campagne, brandit le drapeau palestinien comme on brandit un étendard rédempteur, revendique la fracture, s’y complaît, l’érige en morale. New York, jadis refuge des exilés juifs fuyant les pogroms, pourrait bientôt servir de tribune à un discours qui nie la légitimité même de l’État d’Israël. La métropole qui accueillit les rescapés de la Shoah s’apprêterait à donner le pouvoir à celui qui relativise l’héritage d’Israël. La catastrophe ne serait pas bruyante. Elle s’insinuerait comme une bruine dans la pierre. D’abord, par l’érosion du symbole. Si la capitale morale de la diaspora se tourne contre l’idée sioniste, c’est la chaîne invisible reliant Jérusalem à Brooklyn qui se délite. Puis viendrait la contamination des éléments de propagande : « génocide », « apartheid », « colonialisme », « résistance » se répéteraient jusqu’à devenir des mantras, vidant la pensée de sa précision et la justice de sa mesure. Les adversaires d’Israël n’auraient plus besoin de convaincre, il leur suffirait de citer le maire de New York. Légitime bien entendu, puisqu’élu démocratiquement. Au-delà des frontières américaines, l’onde s’étendrait. Chaque université, chaque chancellerie, chaque ONG verrait dans cette élection la consécration d’un récit où la puissance juive n’est plus la promesse d’une renaissance, mais la preuve d’une faute. Le sionisme, né du refus de l’impuissance, serait requalifié en dogme dominateur. Le droit à l’autodéfense se transformerait en accusation et la mémoire deviendrait suspecte. L’effet psychologique serait immense. La jeunesse juive américaine, déjà travaillée par la confusion morale d’une époque qui confond compassion et abdication, trouverait dans Mamdani une caution à son désarroi. On verrait se lever une génération qui se détourne d’Israël non par haine mais par honte, ce sentiment lent et froid qui tue les fidélités anciennes. Le lien charnel entre l’État hébreu et sa diaspora, tissé de prières, de dons et de récits, se détendrait jusqu’à se rompre. Or, pour Israël, l’alliance avec les États-Unis n’est pas seulement stratégique. Elle est existentielle. Washington peut changer de majorité, mais New York, tant qu’elle demeurait fidèle, servait d’âme-sœur. Si cette âme bascule, si la conscience urbaine la plus influente du monde valide le discours de la délégitimation, alors le combat d’Israël ne se jouera plus dans les déserts du Néguev, mais dans les studios de Manhattan et les amphithéâtres de Columbia.

L’issue de ce scrutin ne décidera pas du sort d’une ville, mais de la tonalité morale de l’Occident. Qu’un drapeau palestinien flotte demain sur l’hôtel de ville new-yorkais, et c’est tout un imaginaire qui s’inverse. David deviendra Goliath, la victime l’agresseur, la lucidité l’oppression. Ce renversement des archétypes, plus redoutable que les bombes, ronge les défenses spirituelles d’un peuple. Israël, privé du miroir bienveillant que fut la diaspora américaine, se verrait renvoyé à sa solitude biblique. Et dans cette solitude, comme jadis, il devrait choisir entre plaire au monde, survivre ou partir. Le vote new-yorkais, en apparence municipal, porte donc la gravité d’une éclipse morale. Si Mamdani triomphe, la nuit ne tombera pas d’un coup. Elle s’étendra lentement, douce et sûre, sur l’Atlantique. Les phares de Manhattan scintilleront encore, mais leur lumière, désormais, n’éclairera plus Israël.
Eden Levi Campana
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