Au lendemain de la reconnaissance par Emmanuel Macron de la Palestine, une organisation citoyenne, spontanée, composée en grande majorité de Français juifs a mené une action dans la rue, une manifestation « sauvage et inédite ». Face à une politique perçue comme mettant directement en danger la communauté juive de France, ces citoyens ont choisi d’agir malgré tout dans une démarche pacifique. L’association The Truth, a soutenu cette initiative en fournissant notamment les pancartes utilisées lors de la mobilisation. Présidée par Céline François Dorphin, The Truth s’inscrit dans la continuité de cette énergie citoyenne, en rappelant que son rôle est de donner des outils, de la visibilité et une voix aux Français juifs qui refusent de se taire face à l’injustice et au danger.

Depuis plus de vingt ans, l’association The Truth, présidée par Céline François Dorphin, se consacre à un triple combat : préserver le devoir de mémoire, lutter contre l’antisémitisme et répondre à la désinformation visant Israël à travers un travail constant de Hasbara. Active sur le terrain comme sur les réseaux sociaux, l’équipe de The Truth mène également une veille attentive face aux mouvances antisionistes. Composée de membres issus de familles rescapées et déportées de la Shoah, mais aussi de familles profondément attachées au sionisme, l’association puise sa force dans une histoire marquée par la transmission et la résilience.
Au cours des deux dernières années, The Truth a été à l’initiative de plusieurs rassemblements majeurs : le soutien à Israël place Victor Hugo en juin 2024, la commémoration du premier anniversaire du massacre du 7 octobre, l’hommage à la famille Bibas au Trocadéro, ou encore la cérémonie en mémoire de l’otage Ohad Yahalomi avec la plantation d’un olivier au CEJ. Plus récemment, en juin 2025, elle a organisé We Will Dance Again Paris, un grand concert sur le parvis du Trocadéro, réunissant des artistes israéliens venus chanter pour la vie et la force d’un peuple debout malgré l’épreuve. Rencontre avec Céline François Dorphin.

Eden Levi Campana : On voit rarement des citoyens français juifs participer à des manifestations non déclarées. Comment en est-on arrivé là ?
Céline François Dorphin : Parce que cette décision dépasse une simple posture diplomatique : elle met en danger la sécurité des Français juifs. En reconnaissant un État palestinien dans le contexte actuel, le Président a choisi d’imposer sa vision contre l’avis de 71 % des Français. C’est une véritable rupture de confiance. Nous avons donc décidé de faire entendre notre voix autrement : de manière spontanée, mais toujours pacifique et républicaine.
Le Président a annoncé la reconnaissance de la Palestine. Qu’est-ce que cela signifie concrètement selon vous ?
Reconnaître un État palestinien aujourd’hui, c’est récompenser le terrorisme. Récompenser le terrorisme, c’est porter atteinte à Israël. Porter atteinte à Israël, c’est atteindre le peuple juif. Et atteindre le peuple juif, c’est céder devant l’islamisme. Or céder devant l’islamisme, c’est trahir la France, celle de la République, celle de Charlie Hebdo.
En quoi cette décision vous paraît-elle préjudiciable pour la communauté juive en France ?
Parce qu’elle nourrit l’islamisme radical et risque de légitimer de nouvelles violences contre les Français juifs. En sacrifiant notre sécurité pour un calcul géopolitique, le Président a créé une fracture historique entre l’État et les Juifs de France. Après l’affaire Dreyfus et la collaboration de Vichy, cette décision apparaît comme un troisième moment de rupture, qui pourrait pousser certains à l’exil.

L’initiative « Juifs en colère » est-elle appelée à se renouveler, à s’inscrire dans la durée ?
Oui. Ce n’était qu’un début. Nous avons voulu marquer un signal fort : nous ne serons pas spectateurs d’une trahison d’État. Tant que la sécurité et la dignité des Français juifs seront menacées, nous continuerons à nous mobiliser, dans le respect des valeurs républicaines, mais avec la détermination que cette situation exige.
Si vous aviez l’occasion de poser deux questions directement au Président de la République, quelles seraient-elles ?
D’abord : « Comment pouvez-vous justifier de reconnaître un État qui n’existe pas encore et qui ne respecte pas les conditions posées par la Convention de Montevideo de 1933 — un territoire défini, une population permanente, un gouvernement effectif et une capacité à entretenir des relations internationales —, et cela sans exiger au préalable la libération immédiate des otages et la reddition du Hamas ? » et ensuite : « Que répondrez-vous, Monsieur le Président, le jour où un acte antisémite commis en France se réclamera directement de votre décision de reconnaître un État palestinien – décision qui, dans le contexte actuel, nourrit l’islamisme radical et légitime de nouvelles violences contre les Français juifs ? Souvenons-nous : Mohamed Merah, lorsqu’il a assassiné des enfants juifs à Toulouse, a affirmé agir pour « sauver ses frères et sœurs palestiniens ».
Eden Levi Campana
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