Héritière du Zyklon B, la petite-fille des bourreaux nazis, accuse les petits-enfants de la Shoah

6 août 2025, Marlene Engelhorn embarque sur une galère à destination de Gaza. Opération qu’elle finance en partie, avec les dividendes de l’Holocauste. Au diable le ridicule. Elle lève le poing, cite ces mots qui claquent dans les micros occidentaux : « génocide », « apartheid », « occupation illégale ». Ne manquait que le Hitlergruß. Et dans l’écho creux de sa déclaration, quelque chose hurle en silence : qu’est-ce que l’héritière du Zyklon B va faire à Gaza ? Il n’y a rien à aryaniser, pourtant.

D’accord chers lecteurs, je vous dois une explication. Marlene Engelhorn n’est pas une militante comme les autres. Elle est l’arrière-arrière-petite-fille de Friedrich Engelhorn, fondateur de BASF, pilier industriel du Reich allemand, cofondateur d’IG Farben. Ce nom, IG Farben, cet empire du mal, devrait suffire à figer les lèvres. C’est l’architecte chimique du XXe siècle le plus monstrueux. C’est lui qui fournit aux nazis le Zyklon B. C’est lui qui construit l’usine de caoutchouc synthétique à Auschwitz III-Monowitz, avec sa main-d’œuvre de déportés réduits à l’état de bétail industriel. IG Farben, c’est le capitalisme à l’allemande dans ce qu’il a de plus méthodique : déposséder, déporter, gazer, puis comptabiliser. L’aryanisation ? C’est un euphémisme bureaucratique pour le pillage : des milliers d’entreprises juives confisquées, nationalisées, revendues à vil prix aux amis du régime. La spoliation fut une industrie. Les Engelhorn, eux, furent ses banquiers. Après la guerre, douze dirigeants d’IG Farben furent condamnés à Nuremberg. Quelques années plus tard, leurs peines purgées, ils retrouvaient des postes de direction dans les géants recomposés : BASF, Bayer, Hoechst. L’Allemagne ne fit pas pénitence : elle fit silence et dividende. Dans ce grand lessivage moral, la famille Engelhorn prospéra. Traudl Engelhorn-Vechiatto, grand-mère de Marlene, mourut en 2022 dans un palais monégasque, riche de milliards blanchis au chlore de l’Histoire. Ce n’est pas une allégorie. C’est un fait comptable, un état du capital.

La tradition juive enseigne que l’oubli est un meurtre répété. Dans le Talmud, il est écrit que celui qui détruit une vie détruit un monde. Qu’en est-il de ceux qui ont détruit six millions de mondes – puis bâti leur fortune sur les cendres ? Et qu’en est-il de ceux qui héritent de cette fortune, et, au lieu de se taire ou de faire téchouva, s’érigent en conscience morale ? Marlene Engelhorn n’a jamais demandé pardon. Elle n’a jamais porté de deuil. Elle n’a jamais fait face. Elle parle de redistribution (ironie ?), mais pas une ligne sur Auschwitz. Elle parle de justice, mais pas un mot sur les entreprises aryanisées. Elle parle de Palestine, mais jamais des familles juives dont la fortune fut saignée au compte des siens.

Et maintenant, la voici, radieuse d’indignation, montant sur un bateau pour Gaza. Pourquoi Gaza ? Pourquoi maintenant ? Parce qu’il faut un théâtre, une scène, un lieu où inverser le crime et renverser la honte. Car voilà le cœur du mal : Engelhorn ne veut pas porter son nom, elle veut le transformer. Elle ne veut pas expier : elle veut récupérer moralement l’Histoire. Par cette mise en scène, elle suggère subtilement, insidieusement, que les rôles se sont inversés. Ce ne sont plus les descendants de ses ancêtres qui doivent répondre : ce sont les descendants de leurs victimes. Israël est accusé d’apartheid, de génocide, de barbarie. Et qui s’avance pour en témoigner ? Une Engelhorn. Le symbole est parfait : la dépositaire du gaz d’hier accuse les juifs d’aujourd’hui.

Conseil d’administration IG Farben – 1935

C’est plus qu’une erreur historique. C’est un sacrilège. C’est une falsification méticuleuse. Une profanation servie avec les mots du progrès, les habits de l’égalité, les slogans de la justice. Mais au fond, c’est toujours la même mécanique : parler à la place des morts, pour mieux les effacer. Le Zyklon B n’a pas seulement tué des corps. Il a tué des noms, des lignées, des métiers, des langues, des mélodies. Il a tué des livres non écrits, des prières non dites, des baisers jamais reçus. Il a gelé l’avenir. Ce que porte Marlene Engelhorn dans ses comptes suisses, ce ne sont pas des billets : ce sont des vies non vécues. Qu’elle monte sur un bateau en dénonçant un génocide qu’elle ne voit que dans un seul sens, c’est un viol du sens – un Zyklon moral.

Être l’héritière d’un crime n’est pas une faute (encore que). En profiter sans honte, si. Et instrumentaliser ce legs pour attaquer ceux qui ont survécu à ce crime, c’est une monstruosité de pensée. C’est faire de la mémoire un outil de propagande, un alibi inversé, un sabre idéologique. Marlene Engelhorn vend du symbole, pour masquer sa filiation. Elle prend la pose de la rebelle, mais elle est l’exact produit de la lâcheté européenne post-nazie : celle qui n’a jamais jugé ses riches, jamais nommé ses fossoyeurs, jamais rendu ce qu’elle a volé. Qu’elle garde son argent si elle veut. Mais qu’elle cesse de nous donner des leçons. Qu’elle se taise au nom des morts. Qu’elle se taise, au nom des vivants. Qu’elle se taise, au nom du Zyklon B. Qu’elle se taise, juste pour nous faire des vacances.

Eden Levi Campana


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