Caroline Yadan, j’ai pris la décision de prendre mes distances vis-à-vis du chef de l’État

Jeudi soir, Emmanuel Macron a publié un message sur ses réseaux sociaux pour annoncer que la France reconnaîtra l’État de Palestine, le 9 septembre prochain, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Les réactions n’ont pas tardé. En Israël, le Premier ministre Benyamin Netanyahou dénonce une décision qui « récompense la terreur ». Le groupe terroriste Hamas, de son côté, y voit une « avancée diplomatique ». Pour comprendre ce que cette décision signifie, ce qu’elle engage, nous avons interrogé Caroline Yadan, députée des Français de l’étranger (8ᵉ circonscription).

Madame la Députée, quelle est votre première réaction à l’annonce du président Macron sur la reconnaissance de l’État de Palestine ?

Je prends acte, avec gravité, de la décision du Président de la République, Emmanuel Macron, d’annoncer unilatéralement, lors du prochain Conseil général des Nations unies, la reconnaissance par la France d’un État palestinien.

Comment jugez-vous cette annonce sur le fond ?

Cette perspective me heurte profondément. Elle constitue, à mes yeux, une faute politique, morale et historique.

Le Président avait pourtant posé certaines conditions en juin dernier. Les considérez-vous comme caduques aujourd’hui ?

En juin dernier, le Président avait lui-même posé des conditions claires et indispensables avant toute reconnaissance d’un État palestinien :

• la libération de tous les otages,

• la démilitarisation complète du Hamas,

• l’exclusion du Hamas de toute forme de gouvernance,

• une réforme en profondeur de l’Autorité palestinienne,

• la reconnaissance mutuelle entre Israël et la Palestine,

• et le respect du droit fondamental d’Israël à vivre en paix et en sécurité.

Vous évoquez la situation à Gaza. Comment l’interprétez-vous dans ce contexte ?

Ce qui se passe à Gaza est une tragédie. Elle nous bouleverse profondément. Toutes les vies humaines se valent, et nul ne peut se satisfaire du chaos et des souffrances qui s’y déroulent. Notre objectif commun doit rester la recherche d’un horizon politique durable, fondé sur une solution à deux États, vivant côte à côte en sécurité et en dignité.

Aucune des conditions fixées n’a été remplie, dites-vous. Quelles conséquences en tirez-vous ?

Les ignorer, c’est céder à l’émotion, à l’impatience, voire à une forme de résignation. C’est surtout envoyer un signal dramatique : celui d’une légitimation d’une organisation terroriste islamiste, le Hamas, qui n’a d’ailleurs pas manqué de féliciter le Président de la République.

Que pensez-vous du contexte sécuritaire actuel en Israël ?

Cette annonce, c’est faire fi des roquettes qui continuent d’être tirées quotidiennement sur Israël, dans un silence assourdissant.

Vous évoquez également le 7 octobre. Quel est le sens politique d’une telle reconnaissance après cet événement ?

Reconnaître un État palestinien, moins de deux ans après le plus grand massacre antisémite depuis la Shoah, alors même que la volonté de recommencer cette abomination reste entière, c’est admettre l’invasion d’un État souverain comme moyen légitime pour arriver à ses fins. Le jour du pogrom du 7 octobre, au cours duquel la terreur s’est exprimée sans limite, ne saurait être érigé comme le mythe fondateur d’une Nation quelle qu’elle soit.

À qui pensez-vous en ce moment précis ?

Je pense aux familles des otages toujours détenus. Je pense aux victimes du 7 octobre. Je pense à nos compatriotes juifs – en France comme à l’étranger – confrontés à une recrudescence glaçante de la haine anti-juive, liée à la haine d’Israël. Je pense aux Français établis en Israël, que je représente avec fierté et dont je partage les inquiétudes profondes.

Peut-on encore croire à une issue pacifique ?

La paix ne se décrète pas. Elle ne se construit ni sur les ruines de la douleur, ni sur l’effacement des principes. Elle ne résulte pas d’un geste unilatéral, mais d’un chemin difficile qui demande lucidité, courage et justice – pour les deux peuples.

Vous avez annoncé prendre vos distances avec le chef de l’État. Que signifie ce geste ?

C’est simple. En conscience, et fidèle à mes convictions comme à la confiance que m’ont accordée les électeurs de la 8e circonscription des Français établis hors de France, j’ai pris la décision de prendre mes distances vis-à-vis du chef de l’État. C’est la raison pour laquelle je siègerai désormais en tant que députée apparentée, libre de ma parole mais fidèle à mes valeurs. Ce choix n’est pas un renoncement. C’est une exigence de cohérence. C’est une fidélité à ce que je crois juste. C’est ma manière de concevoir l’engagement politique : avec honnêteté, avec responsabilité, et avec loyauté envers ceux qui m’ont élue.

Quel sens donnez-vous à votre mandat aujourd’hui ?

Agir pour la France, pour nos principes, pour les Français de ma circonscription – c’est ainsi que je conçois ma mission de députée. Et je n’y renoncerai pas.


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