L’animal qui meurt, le paysan qui pleure

France, loi Duplomb – On prétend avoir voté pour les paysans. Pour leur « liberté », leur « survie », leur « avenir ». Mais ce n’est pas la terre qu’on libère – c’est le poison qu’on relâche, pesticides cancérogènes, neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et écotoxiques. Derrière le nom tranquille de « loi Duplomb » (dans l’aile) se cache une guerre souterraine. Une guerre menée non pas pour nourrir, mais pour soumettre. Une guerre contre le vivant – insectes, eaux, chants d’oiseaux, paysans eux-mêmes – contre tout ce qui ne se vend pas par palettes. On parle d’agriculture, mais on finance la désertification. On parle d’aides, mais on installe des chaînes. Car ce système qui dit sauver l’agriculteur est celui qui l’épuise, le presse, le ruine. Le piège est parfait : engrais, machines, assurances, emprunts. Des dettes comme des cicatrices profondes, creusés non dans les champs, mais dans les reins. On leur a promis l’abondance, on leur a livré l’asphyxie.

La FNSEA ne défend pas les paysans en réalité. Elle défend la FNSEA. Elle parle au nom de la terre mais ne connaît plus que les marges des bilans comptables. Elle dit représenter, mais elle s’impose. Elle dit écouter, mais elle hurle. Et pendant ce vacarme, ceux qui vivent encore en harmonie avec le vivant sont réduits au silence, expropriés du débat comme on exproprie un arbre de sa forêt. Cette loi est cynique. Elle prétend nourrir la France et empoisonne l’avenir. Elle légitime l’insecticide, l’intensif, le bétonnage des rivières. Elle autorise à nouveau l’usage des molécules qu’on croyait bannies à jamais, comme si l’histoire n’était qu’un sillon qu’on retourne. Elle transforme les préfets en juges de la nature, les tracteurs en chars d’assaut, et les bassines en trophées de conquête. On fait mine de protéger l’eau en stockant la mort. On fait mine de nourrir en stérilisant le sol.

Le drame, c’est que cette violence ne dit pas son nom. Elle avance masquée de bons sentiments. On vous parle de souveraineté, mais c’est de dépendance qu’il s’agit. Dépendance aux firmes, aux molécules, aux cours du blé fixés à Chicago. On a troqué les graines contre des brevets, les semences contre des contraintes. Et celui qui laboure encore à main nue, celui qui caresse la terre au lieu de la frapper, celui-là n’a pas droit de cité dans cette République des intrants. Ce texte n’est pas une réforme. C’est une abdication. Une abdication devant les lobbies, devant les chimistes, devant l’agro-industrie, devant l’idée même de limite. Une capitulation masquée sous les habits du progrès. Mais il reste, quelque part, dans une vallée ou au bord d’un bocage, une voix plus têtue que toutes. Celle des haies qu’on pensait arrachées. Celle des pluies qui tombent trop fort, parce qu’on les a défiées. Celle du vent qui siffle entre les serres, là où les abeilles ne viennent plus. Celle de l’enfant qui tousse sans qu’on sache pourquoi. Celle de l’animal qui meurt sans bruit. Celle du paysan qui pleure dans son tracteur et qu’on n’entend pas. Cette voix, c’est la conscience. La nôtre. Celle qu’aucune loi ne devrait endormir.

Pétition


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