We Will Dance Again, quand la vérité se dresse au milieu des ruines

Sur la pierre nue du Trocadéro, le 22 juin, nul ne viendra pour fuir. Ni pour s’excuser. On viendra, tout simplement, pour chanter, danser et soutenir Israël. Danser dans l’ombre portée du 7 octobre, danser avec les absents, danser pour les otages, danser malgré les décombres. À l’appel de l’association The Truth, cette danse n’est pas un divertissement. Elle est un acte. Un acte d’alliance, un acte d’élévation, un acte de fidélité. Fidélité à ceux qu’on cherche à effacer, à ceux dont les noms s’enfoncent dans les tunnels, à ceux qui tiennent encore debout dans l’œil du cyclone. The Truth, ce n’est pas une ONG de circonstance. C’est un shomer, un gardien. Elle ne suit pas les vents. Elle les brave. Fondée dans le refus des compromissions, par des militants qui ne confondent jamais le bruit avec la justice, elle incarne cette midah rare qu’est la némanout, la loyauté absolue. Comme le dit Isaïe : « Israël, en qui je me glorifierai » (Is 49,3). Ce verset, The Truth l’a pris au pied de la lettre. Dans un monde qui réclame des renoncements à chaque détour de phrase, l’association s’en tient à une ligne claire, droite, intraitable. Elle ne pactise ni avec le flou ni avec la peur. Depuis 2015, face à l’antisémitisme qui, sous le masque de l’antisionisme, revient hanter les rues de France, elle agit. Pas pour se faire aimer. Pour rester debout. Comme Rabbi Akiva récitant le Shema au moment de rendre l’âme, elle récite l’unité, même quand le monde rugit : Kol demama daka, une voix ténue et subtile. Dans cette voix-là, dans ce souffle d’âme, The Truth place son combat. Et le 22 juin, ce combat prendra la forme d’une suite de chorégraphies et de chants. We Will Dance Again. Slogan né dans la poussière du festival Nova, là où les enfants d’Israël dansaient avant d’être assassinés, lâchement. Ce slogan est devenu promesse. Non de vengeance, mais de vie. Sur la place publique, entre ciel et Seine, des milliers de personnes porteront la mémoire comme un flambeau, pas comme un fardeau. En silence d’abord, pour les otages. Puis dans la musique, car « tu aimeras l’Éternel ton Dieu… de toute ton âme, et de toute ta force » (Dt 6,5) – y compris quand l’âme est endeuillée et que la force vacille.

Les talentueux danseurs répètent une dernière fois avant le 22 juin, sous le regard complice de Maurice Zaoui, figure de la troupe Adama, et de Popeck, inoubliable partenaire de Louis de Funès dans Rabbi Jacob, tandis qu’Ilan Zaoui, chorégraphe historique du film, suit la scène à distance, en visio, le sourire aux lèvres et le rythme encore dans les veines.

Dans ce rassemblement se glissera une autre joie. Celle de la Journée mondiale Rabbi Jacob. Sans banderoles ni discours, elle rappellera que le rire est aussi une forme de résistance. Et que dans l’humour juif – ce vieil antidote à l’absurde – se niche un espoir plus durable que bien des politiques. Ce clin d’œil chorégraphique, porté par des cercles de danse viendra sceller l’événement d’un sceau unique : celui de la sim’ha, la joie comme levier sacré. Une joie non pas naïve, mais indéracinable. We Will Dance Again – ce n’est pas seulement une phrase. C’est un kidoush Hashem. Une sanctification du Nom. C’est dire au monde que le peuple d’Israël, qu’on a mille fois voulu plier, effacer, dissoudre dans l’histoire, choisit encore d’apparaître. Par la voix, par le chant, par les pas. Et cette fois, c’est Paris qui devient Jérusalem d’un instant. Non pas Jérusalem terrestre, mais celle dont parlent les Psaumes : « Si je t’oublie, Jérusalem… ». On n’a pas oublié. On a répondu par le corps. Par le rythme. Par la présence. Dans l’ère post-morale, post-vérité, post-humain, danser pour les otages et pour Israël devient un acte subversif. Une manière de dire : lo nafla, elle n’est pas tombée. Ni Israël. Ni sa mémoire. Ni sa danse. Ni sa vérité. Et à ceux qui soupirent déjà que tout cela est trop, que ce peuple exagère, qu’il ferait mieux de se taire – nous rappelons une sentence du Talmud : Bimkom she’ein anashim, hishtadel lihyot ish – « Là où il n’y a pas d’hommes, efforce-toi d’être un homme » (Avot 2:5). Être un humain, aujourd’hui, c’est être une juive, un Juif debout. Et parfois, c’est danser au cœur du cyclone. Le 22 juin, à Paris, ce ne sera pas un spectacle. Ce sera une téfilah. Un acte d’amour. Un acte de foi. Un acte de vérité.

Eden Levi Campana


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