Suivre l’argent à l’heure du lion

3:00 la nuit du 12 au 13 juin, heure d’Israël. L’Iran frappé. Coordinations aériennes israéliennes, plusieurs cibles, sites à haute sensibilité militaires. L’Iran frappé. Et dans le sillage immédiat, tout s’est tendu – partout. A cet instant, il s’agit d’un réel militaire dans un échiquier déjà fracturé. L’équilibre bancal qui persistait entre Téhéran, Jérusalem et l’Occident, balayé en quelques minutes. Le danger est immédiat, pour le monde libre. Le nucléaire entre les mains d’une bande de dégénérés enrubannés, impossible. Au moment où Israël sauve le monde, il est intéressant de suivre l’argent. Les marchés – qui n’aiment pas les secousses – ont réagi comme on réagit quand les sirènes hurlent au loin. Le Brent, baril de référence, +5,12 % en flèche, pour grimper à 91,60 dollars en 5 minutes – un sommet pas atteint depuis novembre 2024. Pas une panique. Une anticipation. Un scénario plus que plausible qui devient prix. L’idée d’un étranglement possible, d’un point de passage – le détroit d’Ormuz – qui concentre à lui seul 20 % du brut mondial. Il suffirait d’un drone, un seul sur un tanker, et tout bascule. Les indices à terme se sont repliés comme on bat en retraite. Le S&P 500 —1,08 %. Risque systémique recalculé, les grands acteurs financiers opérant leur pivot. Risques sortis, refuges rentrés. Les obligations américaines à 10 ans, valeur refuge par excellence, voient leur rendement fondre de 8 points de base. L’or, bien sûr, bondit. Franchit les 2 450 dollars l’once en Asie, puis se stabilise autour de 2 432. Comme un réflexe reptilien.

Suivre l’argent, encore. Qui gagne financièrement, alors ? Ceux qui tiennent le robinet. Arabie saoudite, Émirats, Koweït. Ils avaient déjà réduit leur débit, en amont. Moins d’offre, donc déjà plus de contrôle. Et maintenant, voilà que l’offre perçue devient rare, plus encore. Riyad suspend les discussions sur toute hausse de production – message à peine voilé : ils joueront l’opportunisme, pas l’apaisement. Les grandes majors pétrolières se redressent aussitôt. Chevron, Occidental, TotalEnergies, Petrobras – pourtant si différentes – montent toutes, poussées par l’effet de marge. Les traders sur dérivés, ceux postés long sur Brent ou WTI, captent les gains en direct. Les fonds spéculatifs à Genève, Dubaï, Singapour ? Certains affichent déjà des plus-values à deux chiffres. Les guerres, parfois, enrichissent, souvent, tout le temps. Ce ne sont pas que les pétroliers qui engrangent. Les armes aussi. Les contrats se calent. Les carnets se remplissent. Rafael, Elbit Systems, renforcent leur aura. Précision chirurgicale, interception en temps réel – les démonstrations parlent. Et derrière, les fournisseurs : Raytheon, Lockheed, Northrop – les Américains exportent plus que des technologies, ils exportent des assurances.

Pendant ce temps, d’autres comptent les pertes. L’Inde, par exemple. Qui dépend à 85 % de ses importations de brut. Son solde extérieur chancelle. La roupie, –1,6 % face au dollar. Et les prix – électricité, transports, alimentation – qui montent. La banque centrale indienne, acculée : hausse des taux probable, au pire moment. Et la Turquie ? Elle s’enlise. Monnaie fragile, dépendance énergétique, inflation importée. Le GNL coûte plus cher. Subventions intenables. La livre turque s’effondre encore, les capitaux fuient. Vers le dollar, vers l’or, vers tout ce qui n’est pas Ankara. Les chaînes logistiques, elles, ne résistent pas à un stress de plus. Après la pandémie, après la guerre commerciale, voilà l’embrasement. Les primes d’assurance pour les navires dans le golfe Persique explosent : +22 %. Les routes changent. Les délais s’étendent. Le Shanghai-Rotterdam, indicateur discret mais précieux, grimpe de 11 % en un jour. L’Europe ? Spectatrice, mais touchée. L’Allemagne, l’Italie, toutes deux tributaires de l’extérieur énergétique, voient leurs soldes commerciaux fragilisés. L’euro cède un peu face au dollar. Chaque centime compte, dans l’addition finale. En Asie, les bourses japonaises et coréennes réagissent comme à une fièvre : –1,4 % à Tokyo, –1,8 % à Séoul. Les réassureurs révisent leurs grilles. Moyent-Orient : risque accru. Les modèles recalculent. Les primes remontent. Et pendant ce temps, l’Iran, modeste producteur (2,5 millions de barils/jour), mais puissant perturbateur. Ce qu’il produit compte peu ; ce qu’il peut bloquer, menacer, saboter – beaucoup plus. Une frappe sur ses installations, une explosion dans le sud, ce n’est pas que du nucléaire retardé. C’est le système énergétique mondial tout entier qui vacille. Et la question – centrale – revient : un régime messianique, militaire, doté d’une arme de destruction massive – peut-on laisser cela arriver ? Pour Israël, c’est existentiel, pour le reste du monde aussi, mais certains leaders politiques marchent avec une canne blanche. Pour les marchés, c’est structurellement déstabilisant. L’escalade n’est pas terminée. Mais déjà, la redistribution est en cours. Les gagnants, les perdants. Le pétrole – redevenu levier, menace, outil géopolitique. Ce n’est pas un simple contrecoup. C’est un tournant. Pas un retour, non – un glissement de plaque tectonique. Économie mondiale, flux redessinés. Anticipations réécrites. Équilibres fracturés. Le commandant en chef des gardiens de la révolution tué. En signe de deuil, un ruban noir sur les écrans de télévision en Iran. Le peuple iranien bientôt libéré ? Au Kotel un shofar sonne. Il est 3:00 la nuit du 12 au 13 juin, l’heure d’Israël, l’heure du lion. Suivre l’argent.

« Comme un lion il se lèvera, comme un lionceau il se dressera ; il ne se couchera point qu’il n’ait dévoré sa proie et bu le sang des blessés. » – Livre des Nombres (Bamidbar) 23:24

Eden Levi Campana


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