Antisionisme, un renouvellement à l’identique

Dans le théâtre d’ombres qui enserre le Proche-Orient, une étrange caravane s’élance tandis qu’un navire s’échoue : à la mer, le Madleen, esquif de vanités en partance pour Gaza, intercepté par les autorités israéliennes ; sur terre, le convoi Sumud – nom pompeusement tiré d’un lexique de résistance, mais lesté d’illusions – serpente depuis Tunis vers un mirage d’héroïsme. Mille cinq cents figures, drapées de keffiehs et bardées de certitudes, avocats de l’indignation continentale, médecins sans patients, journalistes de cause, étudiants sans mémoire ; foule disparate de cœurs gonflés, mais têtes creuses, animée moins par le souci de Gaza que par la griserie de s’y rendre. Et l’on entend déjà, dans les cris de départ, l’écho lointain des croisades où l’Occident déguisait sa soif de vertu en désir d’Orient. En parallèle, Rima Hassan, Jeanne d’Arc d’un progressisme sans armure, s’agrippe aux barreaux israéliens comme on s’accroche à un rôle écrit trop tôt ; elle, qui vomit l’État d’Israël à chaque phrase, en refuse l’expulsion avec la ferveur d’un pèlerin à Lhassa. Tel Jonas dans le ventre de la baleine, elle trouve en sa détention un abri symbolique – posture davantage que prison. Pendant ce temps, Emmanuel Macron, monarque de la nuance perdue, exige le retour de ces Français retenus malgré eux par eux-mêmes, confondant otage et obstiné, conférant aux activistes la dignité qu’il oublie aux véritables captifs du Hamas. Il tonne, proteste, implore presque, tandis que les vraies chaînes, celles de fer et de silence, se resserrent sur les innocents que nul président ne réclame. Et dans l’ombre, Zaher Birawi, prestidigitateur d’un humanisme en trompe-l’œil, tire les ficelles depuis l’Europe, badigeonnant de droits de l’homme la coque d’opérations téléguidées par le Hamas. La flottille, dit-il, est un cri de conscience – mais l’écho sonne creux, tant les voix qui s’élèvent sont les mêmes qui taisent les fosses de Kfar Aza. Mais dans cette passion déplacée, Gaza demeure l’absente – simple décor pour les grandes scènes d’Occidentaux néo-post-colonialistes. Tout cela n’est plus politique, mais liturgique : les slogans deviennent prières, les youyous des incantations, les autocars des processions. Un convoi de foi sans foi, une armée de pèlerins du verbe, psalmodiant les antiques refrains de l’antisionisme en quête d’un renouvellement à l’identique.

Eden Levi Campana


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