En 2027, Rima Hassan préside la France : Israël ne l’a pas vue venir, la République et Rabbi Jacob non plus

Greta étant l’idiote utile, envisageons le cas plus sérieux de Rima, future présidente de la République française.  Dans le théâtre bruissant de notre époque, où le symbole l’emporte souvent sur le réel et où l’image supplante l’action, la traversée maritime de Rima Hassan, jeune eurodéputée franco-palestinienne, ne saurait être interprétée à la seule lumière d’un geste humanitaire. L’embarquement sur la Madleen, esquif de fortune travesti en navire de la foi politique, répond à une triple dramaturgie : nationale, géopolitique et eschatologique. Loin de se borner à convoyer du lait pour nourrissons, elle embarque l’Europe tout entière dans un récit millimétré où se rejoue, en creux, la question du Bien, du Mal et de leur récit médiatique.

Sur la scène hexagonale, Rima Hassan manie l’ambition comme d’autres la harangue. La France Insoumise, en quête de régénération charismatique, voit en elle la figure totémique capable d’incarner la cause palestinienne avec un supplément d’âme : non plus le tribun tonitruant d’un vieux monde en sursis, mais la femme jeune, racialement légitime, géopolitiquement incarnée. Elle s’érige en miroir inversé de Jean-Luc Mélenchon : même verve, mais plus de grâce ; même radicalité, mais enveloppée d’un voile numérique de douceur sacrificielle. L’image prime : celle d’une élue européenne défiant les blocus, risquant sa vie pour Gaza, ressuscitant dans une esthétique de story Instagram les mythes morts de la gauche tiers-mondiste des années 1970. Son objectif : devenir l’icône morale d’une jeunesse désenchantée, cristalliser la ferveur militante, tout en s’extrayant du champ des critiques – car qui oserait s’en prendre à une « Juste parmi les contemporains » ?

Mais la véritable scène est ailleurs. Sur l’échiquier géopolitique, la Madleen n’est ni une barque ni une embarcation humanitaire : elle est une ruse, un miroir tendu à Israël pour lui faire jouer le rôle qu’on exige de lui. L’objectif, à peine voilé, est de provoquer une sur-réaction – interception musclée, ou simple violence visuelle – afin de briser la matrice narrative d’octobre 2023. Car depuis le 7 octobre, Israël se débat dans une position morale inconfortable : victime réelle, mais perçue comme oppresseur structurel. La stratégie est limpide : une eurodéputée entravée, blessée, voire tuée, et le discours bascule. Israël ne serait plus le survivant, mais l’agresseur acharné d’une femme aux mains nues. La flottille devient alors un piège, et chaque geste israélien un révélateur : trop dur, il est tyrannique ; trop doux, il est inefficace ; inactif, il est lâche. Dans cette grammaire du spectacle, le symbolique l’emporte sur le stratégique. Rima Hassan ne navigue pas vers Gaza : elle chemine vers un Golgotha mental, performatif et païen. En posant le pied là où nul Européen ne peut le faire, elle re-sacralise Gaza comme terre interdite, sanctifiée par l’interdit et le danger. Elle se fait figure corano-christique – non pas le Christ rédempteur, mais le palestinien, celui de la crèche du pape, celui du sacrifice médiatique : la députée messianique, le lait à la main, le front levé, l’œil embué d’héroïsme latent. Elle ne va pas à Gaza, elle fait que Gaza vienne à nous : dans nos téléphones, nos débats, nos fièvres des réseaux.

À cet égard, les précédents flottants, de sinistre mémoire, prennent une signification toute particulière. La Mavi Marmara en 2010, et ses neuf morts, fut moins une brèche dans le blocus qu’une rupture diplomatique avec Ankara. La Flottille de 2018 sombra dans l’indifférence médiatique, victime de sa propre répétition. Quant à Conscience, en 2025 – simple drone, attaque anonyme, effet contre-productif -, elle rappela que toute action disproportionnée renforçait l’axiome « État pirate » qui colle à la peau d’Israël chez certains Occidentaux. Ces flottilles n’atteignent jamais Gaza matériellement, mais elles sapent l’image d’Israël, nourrissant le substrat idéologique du BDS, ce cancer rampant des sociétés libérales.

Trois avenirs se dessinent désormais, tous lourds de conséquences. Le premier, le plus funeste : un incident majeur, la mort d’un passager – Rima Hassan, martyrisée, gravée dans le marbre numérique du XXIe siècle. Israël, alors, serait contraint de justifier l’injustifiable : une action militaire contre une élue européenne. Les banlieues s’embraseraient (plus que pour un match de foot), les Capitales frémiraient, Mélenchon appellerait aux sanctions, et Macron, pris dans l’étau, chancellerait. Le blocus tiendrait peut-être, mais Israël, lui, serait plus isolé que jamais. Et Rima Hassan s’élèverait en égérie du « Camp du Sud » européen, triomphant d’un drame prévisible, programmé, espéré. Le deuxième scénario est celui de l’interception propre, sans bavure. Israël, cette fois, respecterait le droit maritime international à la lettre. Rima Hassan ne toucherait pas Gaza, mais dénoncerait une « prise d’otage politique », rentrant indemne, avec un beau bronzage, et auréolée d’un courage sans effusion de sang. Dans ce cas, Israël aurait la victoire tactique – aucun scandale, aucun mort – mais une défaite narrative. L’image de l’« État bunker » s’enracinerait. Et déjà se profile la flottille suivante, plus large, plus nombreuse, avec plus d’artistes, plus d’élus, plus de caméras. Le troisième scénario, improbable mais possible, est celui du Madleen qui accoste à Gaza. Les images feraient le tour du monde : Rima Hassan foulant le sol de l’enclave, saluée par la foule, accueillie par les factions. Le blocus serait violé, non dans les faits, mais dans les consciences. Israël perdrait la face. Le Hamas, par contre, en profiterait avec une mise en scène millimétrée : baisers d’enfants, larmes de joie, sang factice, slogans de victoire, drapeaux déployés. L’Europe, alors, vacillerait sur sa position vis-à-vis de Gaza, contrainte de reconsidérer son rôle, sa politique. Et Rima Hassan deviendrait, bon gré mal gré, un canal diplomatique officieux, une passerelle entre Bruxelles et Khan Younès. Il faut donc lire cette opération sous ses trois visages : performatif, sacrificiel, programmatique. Performative, car Rima Hassan sait que l’atteinte physique de Gaza importe moins que sa conquête médiatique. Sacrificielle, car elle incarne un martyr potentiel, que personne ne saurait toucher sans incendier la conscience publique. Programmatique, enfin, car cette traversée n’est pas un point d’arrivée, mais un prologue. Gaza n’est qu’un décor : c’est l’Europe qu’elle vise. Le rêve des frères musulmans.  Rima Hassan inscrit son nom dans la cartographie idéologique du Vieux Continent, et de cette épopée fragile, elle espère faire naître un pouvoir durable – à la croisée des peuples, des images, et des mémoires blessées.

Il reste une dernière possibilité. Nous sommes journalistes, non stratèges en communication ni experts ès ruses d’État. Il est pourtant des esprits facétieux en Israël – fins connaisseurs des lignes de faille médiatiques, subtils artisans de l’ironie tactique – qui pourraient préférer à la confrontation frontale une réponse feutrée, décalée, presque élégante. Non point le sabotage, ni l’éradication brutale d’un symbole en gestation, mais une forme de renversement plus pernicieuse : un pied de nez diplomatique, un éclat d’humour malicieux, une pirouette narrative où l’humiliation se draperait dans le costume de l’absurde.

Car que faire d’un adversaire qui se rêve en héroïne sacrificielle ? Peut-être le laisser atteindre sa destination, mais dans une mise en scène décalée, burlesque, délibérément hors de son registre tragique. L’accueillir non par les baïonnettes, mais par des clowns et une fanfare militaire jouant « Thunder and Blazes » puis mimant la danse de Rabbi Jacob (Conf. Rabbi Jacob). Lui offrir, non l’affront, mais l’absurde. Transformer la Madleen en opérette. Dérober à l’acte son souffle dramatique, et à la martyre en devenir sa légende naissante. Ce serait là une partie d’échecs à plusieurs bandes – là où Israël, acculé dans le discours, redeviendrait maître de la narration. Là où Rima Hassan, portée par la ferveur d’un moment, pourrait bien en être le pion le plus exposé. Car cette stratégie douce, quasi talmudique dans son retournement, aurait pour visée de précipiter la démesure, de faire éclater la disproportion entre l’intention et l’effet, entre la cause brandie et le spectacle rendu. Et alors, dans ce champ de ruines qu’est devenu l’horizon politique français, il n’est pas impensable – et c’est bien là que le vertige commence – que Rima Hassan, étoile montante d’une génération désorientée, trouve un chemin vers la plus haute marche. Une présidence née d’un événement mineur mais surjoué, d’un théâtre improvisé sur les flots, d’un embarquement pour la gloire que personne n’a su contrecarrer. En 2027, dans une République exténuée, délégitimée, liquide, le couronnement de cette traversée pourrait advenir. Logiquement 70 % des 5,4 millions des musulmans français en capacité de le faire, ne voteront pas en 2027 (estimation haute). Avec « l’Insoumise de Gaza » en lice, ça peut donner 3,78 millions de votants en plus. Qui dit mieux ? Mais nous n’y sommes pas encore. L’orgueil des récits prématurément achevés contient toujours sa propre ruine. Car cette même ascension pourrait, par un retournement cruel de la roue narrative, devenir le bûcher de sa crédibilité. Un trop-plein d’épique qui, exposé au réel, se fissurerait comme le décor d’un film trop bien éclairé. Rima Hassan, figure tragique d’un moment suspendu, pourrait devenir la risée d’une planète lassée des simulacres. Devenir non pas l’icône des peuples, mais l’archétype de la prétention déçue. Et que l’Histoire, qui se nourrit d’ironie, la condamne au chapitre des fables modernes, avec cette épitaphe grinçante : « Elle voulait la paix, mais sema le spectacle. Elle se rêvait lumière, mais devint anecdote. Pour les siècles des siècles elle dansera avec Rabbi Jacob, militera pour la Journée Mondiale Rabbi Jacob, et dansera avec un vieux Rabbin rieur, qui lui posera inlassablement la même question : vous êtes palestinienne Rima Hassan ? »

Eden Levi Campana

Informations complémentaires sur la Journée Mondiale Rabbi Jacob : https://rabbijacob.com


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