Glenn Micallef, commissaire européen à l’Équité intergénérationnelle, à la Jeunesse, à la Culture et aux Sports – bref, à tout ce qui ne dérange personne jusqu’à ce que l’on y fourre les deux pieds dans le plat – semble appartenir à cette caste de fonctionnaires-créatures qui, faute de vision, s’agitent pour exister. Sa dernière saillie, à peine voilée, sur la possible exclusion d’Israël des compétitions sportives internationales, n’est ni une bourde, ni une maladresse : c’est un acte volontaire d’opportunisme creux, un coup d’épée dans l’eau trouble, une posture d’apparat destinée à flatter la galerie la plus vociférante du moment. Oser suggérer – par insinuation lâche et prudente – que l’État hébreu pourrait ne plus mériter son droit de concourir sous prétexte de valeurs européennes, quand dans le même souffle on autorise sans trembler la participation d’États réprimant, décapitant, violant les libertés et les corps, c’est faire du relativisme moral un sport olympique. Micallef, au nom d’une morale « sportive », oublie que l’histoire du sport est aussi celle des résistances, des poings levés sur les podiums, des équipes sous embargo qui triomphent malgré l’hypocrisie du monde. Israël n’a pas besoin de ses leçons de vertu de salon. Il a déjà fait ses preuves sur les tatamis, les pistes, les terrains, et parfois, sur le sol même du souvenir, là où le sport fut un rempart à l’oubli – Munich 72 n’a manifestement pas sa place dans la mémoire sélective de ce commissaire.

Mais à bien y regarder, cette lubie soudaine de bannissement n’est que le dernier épisode d’un feuilleton personnel : celui d’un homme qui semble confondre les projecteurs avec la lumière. Car Glenn Micallef n’en est pas à sa première exhibition douteuse. Rappelons que ce chantre de l’inclusion avait déjà fait jaser en évitant soigneusement, lors de son audition parlementaire, de définir ce qu’est une femme – exercice visiblement plus périlleux pour lui que celui de désigner une cible facile à l’ostracisme médiatique. L’art de ne rien dire, élevé au rang de doctrine. Ajoutons à cela ses déclarations brouillonnes sur la participation des femmes transgenres dans le sport – où, fidèle à lui-même, il confie la patate chaude aux fédérations, tout en se drapant dans la toge de l’universalité -, ses positions glissantes sur la censure en ligne, et son rictus satisfait dès qu’un micro s’approche. On tient là un professionnel de la parole tiède et de la posture tiède, tiédi lui-même par un carriérisme sans consistance. Mais qu’attendre d’un ancien sherpa qui, à 35 ans, s’imagine en phare générationnel de l’Europe, alors même qu’il se complaît dans les eaux tièdes (encore) des consensus et des alliances molles ? Ce jeune commissaire, que certains médias appellent déjà le « petit prince maltais de Bruxelles », semble n’avoir de prince que l’apparat, et de Bruxelles que l’accent bureaucratique.

Dans ce théâtre de l’Union où les commissaires glissent sur l’eau comme des surfeurs à Tel Aviv, Glenn Micallef semble n’avoir qu’une ligne de texte, et il la hurle avec l’assurance d’un comédien en fin de tournée : « Moi aussi, regardez-moi ! J’existe, je condamne, j’exclus ! » Il agite Israël comme un chiffon rouge devant une opinion européenne lasse, confuse, paresseuse, molle, tiède – oubliant que le sport, dans sa pureté première, échappe à ce genre de petit jeu politicien. Qu’il prenne donc garde : à force de courir après la reconnaissance, on finit par trébucher sur son propre ridicule. Surtout que dans la grande arène des idées, Micallef, hélas, ne monte jamais sur le podium. Il git au vestiaire, entre deux phrases creuses et trois postures sans colonne. Quelle médiocrité. En réalité, si Glenn Micallef cherche la publicité, qu’il s’offre un miroir. Il y verra, peut-être, le reflet d’un vide qui veut jouer au tribun.
Eden Levi Campana
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