La République a parfois le goût amer de ses propres renoncements. Et dans ses travées les plus feutrées, où le verbe devrait être règle et la tenue, rigueur, il arrive qu’on croise des spectres échappés non pas des cimes de la pensée politique, mais des marges de la transgression spectaculaire. Leïla Chaibi, députée européenne estampillée France Insoumise, appartient à cette lignée de personnages qui semblent avoir confondu l’hémicycle avec un théâtre de rue, et la mission de représenter le peuple avec l’obsession de capturer des vues. Son comportement se décline en scènes qui évoquent moins le courage civique que la gouaille des coupe-bourses. Elle ne marche pas dans les pas d’un Robespierre austère, ni d’un Clemenceau déterminé, mais dans ceux de bandits de piètre légende – ceux dont l’Histoire n’a retenu que la bassesse : Mandrin le pillard des douanes, Cartouche le traître des siens. Point de romantisme ici, mais une déchéance revendiquée, une confusion fiévreuse entre le geste militant et l’imposture politique. Non, Madame Chaibi, on ne viole pas des casiers parlementaires au prétexte d’une dénonciation. On n’ouvre pas les lettres d’autrui comme on ouvrirait un bal de faubourg, au mépris de toute décence, toute règle, toute réserve. Sous couvert d’anticapitalisme, elle filme, elle sourit, elle joue. Elle se donne en spectacle, et confond l’écharpe tricolore avec un accessoire de scène. Les caméras tournent, elle jubile, croyant transformer l’institution en happening militant. Mais le grotesque ne confine pas ici au burlesque : il dégénère en offense. Offense aux électeurs, qui ont placé leur confiance dans ce suffrage que l’on bafoue. Offense à la démocratie, qui repose non sur le clash TikTok, mais sur le lent tissage de la loi. Offense enfin aux idées qu’elle prétend incarner, qu’elle caricature, et qu’elle rend inaudibles par l’excès.

Leïla Chaibi est de l’école des ultra-communicants qui méprisent les codes tout en profitant jusqu’à la dernière ligne des indemnités, de la logistique, des transports et des tribunes du Parlement européen. Elle se rêve pirate. Elle n’est qu’une passagère clandestine de la République. Dans son sillage, ce n’est pas l’espérance qui germe, mais la défiance. Elle sème le doute, non sur les puissants qu’elle prétend traquer, mais sur la fonction même qu’elle occupe. Elle n’est pas la sentinelle d’un peuple debout, mais le mime d’une opposition couchée sur ses propres contradictions. Elle crie contre les lobbies tout en flirtant avec le voyeurisme parlementaire. Elle moque les courriers d’une association Alzheimer en jouant l’amnésique cynique, puis efface. Toujours, elle efface. Elle ne répond pas : elle supprime, elle glisse, elle fuit. À force de vouloir incarner l’indignation, elle devient l’indigne. À force de crier au scandale, elle en devient la source. Il y a chez elle une jubilation à fracturer les normes, mais aucune volonté de les remplacer. La transgression est un programme creux, si elle ne débouche sur rien que sur le ressenti, le bruit, et les vidéos verticales. Et c’est là son ultime offense : ne même pas être subversive, mais simplement dérisoire. Le peuple n’a pas besoin de saltimbanques institutionnels. Il mérite des élus. Ceux qui parlent bas, travaillent dur, construisent l’avenir à la sueur du compromis. Ce que Leïla Chaibi piétine, c’est la solennité du mandat, la gravité de la mission, la mémoire de ceux qui, dans l’ombre, servent la démocratie. Elle fait rire les foules virtuelles, mais trahit les urnes réelles. Un député n’est pas un influenceur. Un élu ne se filme pas en maraude dans les recoins du Parlement comme un adolescent en quête de frissons. Un représentant du peuple ne joue pas à Cartouche avec des casiers. Il s’élève. Il respecte. Il sert. Si la bouffonnerie est la complice des tyrans, elle est aujourd’hui la coqueluche d’une certaine gauche, qui préfère l’hystérie à l’histoire, l’emphase à l’analyse, l’agit-prop à la dignité.
Eden Levi Campana
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