Mémoire de la Shoah Vs indécence politique

Le 27 janvier 1945, l’Armée rouge soviétique libérait les prisonniers du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Cette libération mettait fin à l’une des pires atrocités humaines jamais commises : l’extermination systématique de millions de Juifs, de Roms, de prisonniers de guerre soviétiques, de dissidents et de personnes considérées comme « indésirables » par le régime nazi. Auschwitz est devenu un symbole mondial de l’horreur de l’Holocauste et un lieu de mémoire fondamentale pour les générations futures.

Depuis lors, chaque 27 janvier est un moment de commémoration internationale, permettant de se souvenir des souffrances infligées et de rendre hommage aux victimes. En Irlande, l’illustre Mansion House de Dublin, auréolée de son histoire et de son symbolisme, s’est transformée cet après-midi en un théâtre d’indignation muette. C’est là, lors de la commémoration nationale de l’Holocauste, qu’une scène d’une ironie presque shakespearienne s’est jouée : le président Michael D. Higgins, dans son élan oratoire, a vu sa rhétorique s’écraser contre le mur invisible d’un silence de postérieurs. Alors que le président évoquait la tragédie des otages, les ruines de Gaza et le fragile espoir d’un cessez-le-feu, plusieurs membres de l’audience se sont levés pour offrir le plus juste des contre-discours : leur dos. Certains ont quitté la salle avec une gravité presque cérémonielle, d’autres furent expulsés dans un remous de pas lourds et de regards fermés.

Higgins, adepte notoire de discours labyrinthiques, tentait de jongler avec des notions de coopération humanitaire et de diplomatie en friche, mais ses paroles semblaient s’embourber dans une zone grise, où neutralité et déséquilibre dansaient une valse maladroite. La déclaration de l’ambassadrice d’Israël en Irlande, Dana Erlich, avait préfiguré cette tension : elle avait exhorté le président à reconsidérer son discours, estimant qu’il résonnait avec un écho sourd pour la communauté juive locale et mondiale. Une invitation qu’Higgins a poliment ignorée, fidèle à son habitude de confondre résilience et entêtement. Sous les éclats lumineux des chandeliers de la Mansion House, les survivants de l’Holocauste, Tomi Reichental et Suzi Diamond, rappelaient par leur simple présence la gravité de l’instant. Mais leur dignité silencieuse contrastait avec une cérémonie désormais entachée par un conflit latent. À un jour de l’anniversaire de la libération d’Auschwitz, Higgins a peut-être prétendu offrir une vision d’humanisme et d’espoir, mais son discours, loin d’élever les consciences, s’est enlisé dans une indécence manifeste. Évoquer la Shoah, ce gouffre de l’inhumanité, pour y greffer des considérations politiques contemporaines, a résonné comme une insulte aux six millions de morts. Ce n’était pas un hommage, mais une instrumentalisation, et les manifestants, par leur geste de défi silencieux, ont offert une leçon de dignité que le président, dans toute sa rhétorique, a été incapable de saisir. Le président, qui se plaisait à se poser en héraut de la paix, n’a fait qu’ajouter à l’indignité en foulant aux pieds la mémoire des victimes de l’Holocauste pour promouvoir un discours creux et opportuniste. Ses appels à une universalité factice se sont fracassés contre le mépris palpable de ceux qui l’ont tourné le dos. Ce silence révolté, ce vide accusateur, portait une vérité bien plus puissante que toutes ses phrases alambiquées : il est des lieux et des mémoires qu’on ne politise pas sans se déshonorer.

Eden Levi Campana


En savoir plus sur EDEN LEVI CAMPANA

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.