Selon un sondage réalisé en 2018, à la demande d’associations de la défense animale, 86% de la population israélienne s’oppose aux transports d’animaux par voie maritime. L’association « Israël Against Live Shipments – IALS » est de tous les combats, multiplie les actions d’informations et de sensibilisation.
Yonatane Laik, le délégué national de l’association IALS dirige ses troupes sur la Tayelet à Tel Aviv. Sous sa bienveillante direction, une vingtaine de militants en gilets jaunes, coupe en deux la promenade du bord de mer, affiches, banderoles et photos chocs en main. L’IALS dénoncent la cruauté animale et le saccage de l’environnement, résultant du transport d’animaux vivants. Sa revendication reçoit un écho favorable à Tel Aviv. Les militants se déplacent et poursuivent l’action devant un restaurant de burgers, jusque tard dans la nuit. Yonatane est partit. Il saute d’un bus à l’autre, d’un bus à un train, puis prend un taxi en direction de l’un des trois ports de Haïfa. Une halte dans un restaurant vegan lui permet d’avaler un repas à la hâte, et de discuter avec le restaurateur, également un activiste. Leur conversation tourne autour du transport des veaux et des agneaux, qui arrivent en Israël « après avoir subi des supplices indignes ». Les animaux ont voyagé entre 5 et 10 jours, en provenance d’Europe et parfois trois semaines depuis l’Australie. Selon Yonatane certains animaux morts pendant le voyage ont été retrouvés sur la plage, jetés par-dessus bord en pleine mer. Ces pratiques favorisent la propagation de maladies et affectent la faune et la flore marine.

Face à l’entrée d’un des ports, Yonatane brave la pluie, le vent et le froid pour rejoindre Yaron Lapidot, co-fondateur avec Yael Gabbay de l’association IALS. Depuis 2014 l’IALS a fait des demandes répétées pour pénétrer dans l’enceinte du port afin d’assister aux débarquements des navires. Elle n’a toujours pas reçu les autorisations. Yaron est garé sur un rond-point. La nuit est noire malgré la pleine lune. La sortie du port mal éclairée, ce qui ne facilite pas les prises de vue. Yaron est bien équipé. Une caméra dans une main, un appareil photo dans l’autre. Lui et Yonatane vont passer la nuit entière à contrôler le débarquement depuis ce poste de fortune. Yaron connait les parcours des chauffeurs, leurs noms et le numéro de leur véhicule, qu’il reconnait à 20 mètres. Il est capable de définir si un chauffeur fait un excès de vitesse en se basant sur l’heure de retour des centres de quarantaine, ou encore la somme de déjections durant le voyage, en fonction du nombre d’animaux transportés : « la pollution se chiffre entre 12 tonnes et 280 tonnes par jour. Cela créé des déséquilibres, amènent des bactéries dans la mer, contribuant à l’acidification de l’eau, surtout dans la Méditerranée qui tourne en circuit fermé. 90 ans sont nécessaires pour qu’un litre d’eau se renouvelle. »

Les camions filent devant Yaron et Yonatane, qui filment les animaux. Ils entrent rapidement dans leur véhicule pour prendre des notes, ressortent 5 minutes plus tard et ainsi de suite toute la nuit. L’activité est physique. Ils prennent soin de ne pas filmer les chauffeurs : « ce sont des travailleurs, il n’y a pas de raisons de les punir », explique Yaron. Yonatane précise : « la difficulté ce sont surtout les lobbies de la viande, qui essaient de nous stopper sur les bancs des tribunaux ! ». Yaron sourit à cette déclaration. Le colosse a juré qu’il n’aura de cesse tant qu’un seul animal débarquera en Israël. Il démontre sa force de caractère trois fois par semaine, dans tous les ports du pays. Depuis huit longues années, il passe des nuits complètes à prendre des notes et à filmer.

Au sein de l’Union Européenne la question des transports d’animaux par voie maritime divise. L’Allemagne, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède se sont prononcés en juillet 2022 pour une révision à l’échelle européenne de la règlementation et de l’interdiction de transport d’animaux vivants, exportés vers des pays tiers. L’interdiction a déjà été adoptée par l’Allemagne et le Luxembourg. En revanche huit pays membres de l’UE s’y oppose. En janvier 2023, la France, le Portugal, l’Espagne, la Grèce, l’Irlande, la Lettonie, la Lituanie et la Roumanie ont publié une note conjointe en ce sens. Yonatane y croit : « L’action de Yaron et Yael, c’est comme un phare dans la nuit, une lueur d’espoir pour une humanité apaisée. Même en terme de religion, l’intention initiale du créateur n’était-elle pas que les gens soient végétariens ? », dit-il dans un sourire malicieux. Il est 6 heures du matin, Yonatane monte dans un bus en direction d’Ashdod. Dans quelques heures, il va participer à une nouvelle action de sensibilisation. Il a l’habitude : « C’est vrai que pour durer dans le temps, il faut une certaine foi, du courage et du souffle. ».

« Israel Against Live Shipments – ישראל נגד משלוחים חיים »
Mars 2014, Yaron Lapidot et Yael Gabbay, des activistes animalistes viennent de remporter une bataille contre la vivisection des singes. En vacances à Eilat, dans la pointe sud d’Israël, le couple assiste, choqué à un défilé de camions transportant des animaux vivants. Ils sortent leurs téléphones et filment. C’est la première action d’information de ce qui deviendra l’association « Israel Against Live Shipments – IALS », concernant les transports effectués par voie maritime à destination d’Israël (michlokhim hayim). L’association a grandi. Elle est aujourd’hui composée de salariés et de bénévoles. Leur objectif est de supprimer définitivement les importations d’animaux en Israël, qu’ils viennent d’Australie et d’Europe (Portugal, Roumanie, Hongrie, France, …). Au total, plusieurs centaines de milliers d’animaux sont transportés chaque année : 856 000 en 2021, et près d’un million en 2022.
Eden Levi Campana
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